Premier semestre 2020 — Bilan et analyse de l’écosystème tech

Après une année 2019 historique en termes de capitaux déployés, la crise du Covid-19 a frappé de plein fouet l’écosystème tech mondial. Si le coup de frein a été net, la French Tech n’en demeure pas moins plutôt résiliente en volume et valeur des opérations. Retour sur les chiffres du premier semestre 2020 d’après notre suivi interne des levées de fonds.

Bilan détaillé des montants levés au premier semestre

Sur les six premiers mois de l’année, 2,6 milliards d’euros ont été levés par les pépites françaises via 337 opérations (). Un montant total en très légère baisse par rapport au premier semestre de l’année précédente (-5%). En volume, la baisse est légèrement plus marquée, avec 7% d’opérations recensées en moins.

Evolution des levées de fonds françaises depuis 2015 (source : Eldorado)

En revanche, la comparaison des moyennes et médianes révèle un autre climat, plus optimiste. Moyenne et médiane ont effet augmenté en ce début d’année : la moyenne s’établit désormais à 8,40m€ ( 8,06m€ en 2019) et la médiane à 2,1m€ (2,0m€). La renégociation des valorisations de startups risque toutefois de faire baisser ces valeurs au second semestre. Une baisse légère au pire des cas, puisque les projets les plus prometteurs devraient continuer à pouvoir lever dans des conditions similaires à avant la crise.

La renégociation des valorisations de startups risque toutefois de faire baisser les valeurs des moyennes et médianes au second semestre.

Si l’impact du Covid-19 sur le financement semble relatif en gardant une perspective large, il apparaît plus marqué en se penchant de plus près sur les chiffres. La répartition des tours de table met en évidence que les tours d’amorçage ont été le plus impacté (-26,4% d’opérations en moins). Les tours de table ultérieurs se sont maintenus, voire ont enregistré une augmentation. En témoigne le montant total levé via les plus importantes opérations : 927 millions d’euros levés par huit startups au S1 2020, contre 833 millions d’euros via le même nombre de deals au S1 2019.

Comparaison de la répartition des levées au S1 2019 et S1 2019 (source : Eldorado)

Les secteurs du Software/SaaS, E-commerce/Marketplace, Fintech et de la Medtech attirent le plus de capitaux en ce début d’année. Un palmarès identique aux années précédentes et qui ne semble pas avoir été bouleversé par la crise sanitaire et économique. A eux quatre, ces secteurs constituent ⅓ des fonds levés et près d’¼ des tours de tables recensés.

🔐 Le Software/SaaS a capté 587 millions d’euros levés, soit 13% du montant total du premier semestre. Front, Lumapps, Harvestr, HiveBrite et plusieurs dizaines d’autres startups du secteur ont levé.

🛒 L’E-commerce/Marketplace a capté 377 millions d’euros, soit 8% du montant total du premier semestre. ManoMano, Alma, Vestiaire Collective et Certideal font partie des startups ayant levé ce semestre.

💸 La Fintech a capté 342 millions d’euros, soit 8% du montant total du premier semestre. Qonto, Lydia et Pixpay figurent parmi les opérations du premier semestre.

💉 La Medtech a capté 321 millions d’euros, soit 7% du montant total du premier semestre. Alderaan Biotechnology, Cardiologs, Ambler et des dizaines d’autres startups de la santé ont levé des fonds.

La Foodtech/gastronomie, l’énergie, le divertissement/loisirs et la verticale de l’impact (économie sociale et solidaire ou ESS) ont enregistré un intérêt inédit et/ou décuplé ce premier semestre. Concernant l’importance nouvelle de la dimension “à impact”, nombre de déclarations récentes (et de prises de participation) de fonds d’investissement vont en ce sens. Cette tendance, amorcée au cours des dernières années, a été accélérée par le questionnement des fonds et des équipes d’investissement pendant la crise.

Ainsi, si le top 5 des secteurs ne devrait pas (ou peu) évoluer d’ici la fin d’année, les autres catégories pourraient voir leur place dans le classement bouleversé par les nouvelles logiques d’investissement des fonds et l’émergence de first time funds spécialisés.

Répartition des secteurs ayant levé le plus de fonds en 2019 (source : Eldorado)

Top 10 des levées les plus importantes

1.🌿 EcoVadis (180m€) : CVC Capital Partners

EcoVadis édite une plateforme SaaS d’évaluation des performances RSE et achats responsables pour grandes multinationales. À ce jour, plus de 45 000 partenaires commerciaux dans le monde ont été évalués par ses services. L’entreprise a annoncé avoir levé 180m€ en janvier 2020 auprès de l’investisseur CVC Capital Partners, basé au Luxembourg.

2. 📈 Contentsquare (175m€) : Black Rock Private Equity Partners, Bpifrance, Canaan, Eurazeo Growth, GPE Hermes, Highland Europe, H14, KKR

La startup parisienne édite un logiciel en SaaS d’optimisation de l’expérience client et d’augmentation du taux de conversion à destination des sites d’e-commerce. Elle conseille déjà plus de 700 marques pour optimiser l’expérience de leurs clients en ligne. La startup a annoncé fin mai 2020 avoir levé 175m€ auprès d’un panel d’investisseurs, dont Black Rock Private Equity Partners, Bpifrance, Canaan et Eurazeo Growth.

3. 🔩 ManoMano (125m€) : General Atlantic, Eurazeo Growth, Piton Capital, Bpifrance, Kismet Holdings, Temasek

ManoMano est LA référence des marketplaces de bricolage. Après une Série D de 110m€ en avril 2019, la startup a annoncé un nouveau tour de table de 125m€ en janvier 2020, réalisé auprès d’un pool d’investisseurs comprenant ses partenaires historiques (General Atlantic, Eurazeo, Piton Capital et Bpifrance).

4. 📳 BackMarket (110m€) : Goldman Sachs Growth, Aglaé Ventures, Eurazeo Growth

5. 💰 Qonto (104m€) : Tencent, DST Global, Valar, Alven

6. 📡 Kineis (100m€) : CLS, CNES, Bpifrance, BNP Paribas, Thales, Hemeria, Celad

7. 💳 Swile (70m€) : Index Ventures, Idinvest Partners, Daphni, Kima Ventures, Bpifrance

8. 💬 LumApps (63m€) : Large Venture (Bpifrance), Iris Capital, Famille C, Idinvest Partners, Goldman Sachs

9. 📞 Aircall (60m€) : DTCP, Adams Street, eFounders, Draper Esprit, Balderton Capital, NextWorld Capital

10. 👗 Vestiaire Collective (59m€) : Korelya Capital, Fidelity International, Vaultier7, SIC, Auriga Partners, Eurazeo Growth, Idinvest Partners, Bpifrance, Vitruvian Partners, Conde Nast International

Top 10 des levées de fonds au S1 2020 (source : Eldorado)

Les fonds les plus actifs

Le top 10 de l’année 2019 voit Kima, Idinvest Partners et Founders Future arriver en tête du classement. A noter que cette liste est basée sur les levées de fonds annoncées, des données d’autant plus partielles que certains fonds ont refinancé quelques unes de leurs participations dans le contexte de crise et n’ont pas communiqué dessus. Le bilan de fin d’année sera donc plus parlant pour déterminer l’activité de chaque fonds et la gestion effective de leur dealflow.

  1. Kima Ventures (32 deals) : 18% Software/SaaS, 10% E-commerce/marketplace, 10% Fintech

Le fonds de Xavier Niel, habitué au tours d’amorçage et Série A, a participé aux levées de fonds de Swile (70 millions d’euros) et Agicap (15 millions d’euros). Ses plus petits tours de tables au montant dévoilé incluent Beeldi (1,3 million d’euros) et SheeldMarket (1 million d’euros).

2. Idinvest Partners (12 deals) : 19% Medtech, 10% Fintech, 10% E-commerce/marketplace

La société de PE Idinvest Partners a majoritairement participé à des tours de Série B et plus ce semestre, sur des opérations s’établissant en moyenne à 31 millions d’euros. Ses participations incluent Swile (70 millions d’euros levés) et LumApps (63 millions d’euros) parmi les plus élevées, Sensome (8 millions d’euros) et Ambler (6 millions d’euros) parmi les plus faibles.

3. Founders Future (11 deals) : 20% ESS/économie collaborative, 10% Software/SaaS, 10% Fintech

Le fonds VC et startup studio du serial entrepreneur Marc Menasé mise sur de jeunes projets venant de France, d’Europe et des Etats-Unis. Ses participations incluent Memo Bank (20 millions d’euros levés) et Jho (2 millions d’euros).

4. Demeter (10 deals) : 17% Foodtech/gastronomie, 11% Energie, 11% Mobilité

5. BNP Paribas Développement (7 deals) : 23% Medtech, 15% Ecommerce/marketplace, puis une diversité de secteurs

6. Newfund (7 deals) : 17% Foodtech/gastronomie, puis une diversité de secteurs

7. Région Sud Investissement (7 deals) : 14% Medtech, 14% Foodtech/gastronomie, puis une diversité de secteurs

8. West Web Valley (7 deals) : 21% E-commerce/marketplace, 14% Medtech

9. Breega (7 deals) : 27% Sécurité/cybersécurité, puis une diversité de secteurs

10. Partech (7 deals) : 18% Finance, 18% Software/SaaS, puis une diversité de secteurs

A noter également l’activité de SIDE Capital, Index Ventures, Elaia, Go Capital, ISAI, Kreaxi, Sofimac Innovation et SWEN Capital Partners.

Les business angels les plus actifs

Habituellement peu communiqués, les tours d’amorçage ont souffert de la prise de recul des investisseurs privés. La conséquence de l’incertitude économique et des difficultés de rencontres physiques. Outre les opérations non dévoilées, de nombreuses annonces n’ont pas précisé le nom des business angels en question. Pour toutes ces raisons, établir un classement ce semestre est impossible. Nous souhaitons toutefois mettre en avant l’activité de :

  1. Xavier Niel (2 deals — son fonds Kima Ventures recense 32 deals en France)
  2. Marc Ménasé (1 deal — son fonds Founders Future recense 11 deals)
  3. Thibaud Elzière (3 deals — son fonds eFounders recense 1 deal et 2 projets studio)
  4. Eduardo Ronzano (2 deals)
  5. Marc Simoncini (son fonds Jaïna Capital recense 1 deal)
  6. mais aussi Michaël Benabou, Dominique Romano, Jonathan Benhamou, Christophe Courtin, Andréa Bensaid, Frédéric Montagnon et les femmes investisseures Roxanne Varza, Catherine Barba Chiaramonti, Géraldine Le Meur, Véronique Morali, Pauline Duval, Elizabeth Laville (dont certaines sont à retrouver dans notre top 20 des BA femmes les plus actives)
  7. Les réseaux de business angels Provence Business Angels, Angels For Food, Angels Santé, We Like, FBA (Femmes Business Angels), INSEAD Business Angels et Paris Business Angels

L’évolution du marché français au premier semestre

Bpifrance au chevet de l’écosystème

Au total, ce sont 5,2 milliards d’euros qui ont été débloqués par Bpifrance pour venir en aide à l’écosystème. A titre de comparaison, 5,1 milliards d’euros avaient été levé par les startups françaises sur l’ensemble de l’année 2019. Une somme inédite destinée à rassurer les parties prenantes de la French Tech et qui assoit un peu plus la position et le rayonnement de la Banque Publique d’Investissement.

Ces fonds ont été débloqués via différentes poches et programmes :

  • 160 millions d’euros pour financer des opérations de bridges entre deux levées de fonds sous le nom French Tech Bridge. Les fonds, issus du PIA (Programme d’Investissements d’Avenir), ont déjà financé plus de 120 dossiers à date pour un total de 125 millions d’euros.
  • Près de 2 milliards d’euros de prêts de trésorerie garantis par l’Etat
  • 1,5 milliard d’euros sous forme de remboursement accéléré de crédits d’impôt ainsi que de crédits de TVA
  • 250 millions d’euros d’aides à l’innovation du PIA versées plus rapidement
  • 1,2 milliard d’euros additionnels destinés à éviter le rachat de startups stratégiques, sous le nom Plan Tech

Début juin 2020, les différents prêts accordés par Bpi approchaient les 100 milliards d’euros, sur une enveloppe totale prévue de 300 milliards d’euros. Cela comprend les prêts spécifiques du plan Covid-19 (prêt Atout, Rebond, Le Maire, Garantie Etat), les prêts de soutien à l’innovation et les prêts directs, octroyés à près de 700 startups.

De nouvelles clés de lecture pour étudier les opportunités

L’assainissement actuel des valorisations est perçu comme bénéfique pour ramener les montants levés à des niveaux plus raisonnables, après une année 2019 marquée par de multiples méga rounds. Une prise de conscience s’est opérée côté investisseur comme entrepreneur dans le débat croissance à tout prix rentabilité : les startups qui enregistrent une croissance durable et maîtrisée sont les licornes de demain, et non plus les entreprises ayant une courbe de croissance exponentielle au prix d’un cash burn élevé.

Les startups qui enregistrent une croissance durable et maîtrisée sont les licornes de demain.

Cette remise en question appelle à revoir comment évaluer pertinemment la valeur d’une entreprise et à réajuster les ratios et métriques utilisés. Le process de due diligence doit prendre en compte de nouvelles réalités. Un travail d’autant plus nécessaire que de nombreuses startups ont vu leur niveau d’endettement augmenter récemment du fait de sollicitation d’aides bancaires ou publiques. Pour d’autres, des mécanismes de bridges ont pu redessiner les rapports de force au sein des tables de capitalisation.

Les disparités régionales et de genre redéfinies

Notre bilan de l’année dernière avait déploré l’inégale répartition géographique et le manque d’égalité du financement. L’écosystème a montré des signes encourageant au premier semestre, avec une montée en puissance de certaines régions et une plus grande captation de fonds par des femmes dirigeantes.

Concernant la répartition du financement sur le territoire, l’Île-de-France reste sans surprise la première destination de capitaux. 57% des levées recensées au S1 sont réalisées par des startups franciliennes, pour un total de 1,9 milliard d’euros (soit 72,5% du montant national). C’est moins en valeur et en volume par rapport à l’année précédente, où l’Île-de-France représentait 58% des levées et 81% du montant total. Autrement dit, d’autres régions sont parvenues à tirer leur épingle du jeu.

C’est le cas de l’Auvergne-Rhône-Alpes et de l’Occitanie. La première a enregistré 42% d’opérations de plus et 52% de montant total en plus comparé au semestre 2019. La seconde a vu son total levé passer de 64 millions d’euros à 222 millions d’euros, grâce aux importantes levées de Kinéis et Swile. La preuve que les investisseurs régionaux restent particulièrement actifs dans leurs écosystèmes locaux.

Concernant les problématiques d’égalité et de mixité, les entrepreneures ont réalisé presque autant d’opérations ce semestre qu’au S1 2019. En revanche, elles ont levé près de trois fois plus d’argent sur la même période. Mathilde Collin de Front, Patricia Zilliox d’Eyevensys, Delphine Dubois des 3 Chouettes ou encore Karine Chorro de Phost’in Therapeuthics ont réalisé de belles opérations qui tirent les statistiques vers le haut. Reste à voir si cette tendance va se vérifier sur le second semestre.

La redéfinition des tendances sectorielles

Comme indiqué précédemment, les capitaux ont irrigué les secteurs habituels au premier semestre. Les catégories du Software/SaaS, de la finance, de la santé ou de l’e-commerce/marketplace restent privilégiées par les investisseurs. Plus loin dans le classement, certaines verticales démontrent d’un intérêt décuplé, comme la sécurité, les solutions de communication, de l’IoT et le divertissement/loisirs.

Mais avant tout, la tendance de l’impact apparaît comme un fil rouge sur de nombreux deals (EcoVadis, WeNow, Courbet, Castalie, NextProtein et des dizaines d’autres). Un mouvement de fond qui fait écho à la remise en question des valorisations dans l’écosystème.

Certains chiffres laissent donc penser qu’une légère redéfinition de la French Tech est en cours. Les 10 milliards d’euros de (NDLR : capital disponible prêt à être déployé) disponibles sur l’écosystème français pourraient faire émerger de nouvelles tendances. Toutefois, si 23 nouveaux véhicules d’investissement ont été lancé depuis le début d’année, aucun nouveau fonds n’a fait son apparition pour le moment, généraliste comme spécialisé.

L‘incertitude économique a été particulièrement ressentie par la French Tech au premier semestre. Si l’écosystème démontre une certaine résilience, beaucoup d’attente est portée sur la seconde moitié de l’année en espérant une reprise plus nette.

Eldorado a été en support actif ces derniers mois pour conseiller les entrepreneurs dans la gestion de trésorerie et les stratégies de financement. N’hésitez pas à nous solliciter pour vos problématiques de financement public comme privé !

Entrepreneur & Investor — CEO & founder www.eldorado.co— I just want to drink coffee, create stuff & sleep.

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