Rapport Atomico : la bonne dynamique du secteur de la tech européenne

SLUSH 2018 — Crédit Jussi Hellsten

Le rapport 2018 sur les tendances de l’écosystème numérique européen, publié par Atomico en partenariat avec Slush et Orrick est sorti récemment. Il dresse un portrait élogieux et enthousiaste de l’écosystème tech européen, bien qu’il soulève des points sur lesquels les acteurs du secteur doivent encore travailler. Retour suite à notre présence à Slush 2018 sur ce rapport très complet.

Une formation de qualité et de nombreux chercheurs en Europe

La construction de la Tech européenne se fait sur de solides bases, ce qui explique son attrait aujourd’hui.

Une formation académique de qualité permet aux futurs fondateurs de startup de commencer leur aventure avec un bagage technique important. Le rapport note que les universités européennes sont ainsi une source importante de talents entrepreneuriaux. La France a par ailleurs deux de ses écoles (HEC Paris à la deuxième place et l’INSEAD à la quatrième place) dans le top 10 des écoles dont les alumnis ont créé une startup technologique. Fait marquant, Harvard et Stanford figurent dans ce top 20, permettant de constater qu’un certain nombre d’étudiants européens reviennent en Europe à la suite de leurs études pour fonder leur entreprise.

De plus, l’Europe accueille 14 des 50 meilleures universités mondiales en computer science, dont cinq se trouvent dan le top 10. L’Europe se place comme une usine à talent de classe mondiale dans ce domaine.

L’Europe accueille également 31 des 100 meilleurs universités du monde en ingénierie et technologie. Ces universités sont réparties à travers onze pays et 29 villes, ce qui montre une bonne répartition géographique sur le territoire. Des réservoirs de talents potentiels sont donc disséminés aux quatre coins de l’Europe. La France accuse un certain retard dans ce domaine. En effet, elle ne place aucune institution dans le top 50 des universités en computer sciences et ne voit que l’école Polytechnique la représenter, à la 82ème place, du top 100 des institutions en ingénierie et technologie.

Ce socle académique aura permis à l’Europe de développer une communauté de chercheurs (1.764.084 chercheurs en Europe), dépassant même celles de la Chine (1.524.280 chercheurs) et des Etats-Unis (1.351.903 chercheurs).

A l’échelle européenne, ce sont le Royaume-Uni et l’Allemagne qui accueillent le plus de chercheurs. Suivent la France, l’Italie, la Pologne et l’Espagne.

Les talents à la base de la création d’une entreprise technologique sont essentiels pour son développement. Mais des moyens financiers doivent également être mis à la disposition de ces entrepreneurs.

Un développement technologique rendu possible grâce à l’afflux de nouveaux capitaux

Un des développements les plus critiques de l’écosystème Tech européen aura été l’étoffement du socle d’investisseurs capables de financer le développement de ces startups.

Dans un premier temps, l’on constate que le nombre d’investisseurs intervenant dans des levées de fonds de startups technologiques a été multiplié par 2,8, passant de 905 investisseurs intervenant dans au moins un tour de table d’une startup tech par an à 2.513 investisseurs.

Mais il ne faut pas simplement qu’il y ait beaucoup d’investisseurs pour développer un écosystème tech de qualité. Il faut également que ces investisseurs maximisent les chances des startups de passer d’une levée de fonds en Seed à une levée de fonds en Série A, grâce à des conseils avisés. Ceci n’est possible que si les fonds confiés en gestion par les Limited Partners le soient à des investisseurs de qualité.

En plus d’investisseurs de qualité plus nombreux, les sommes investies sont également plus importantes. L’année 2018 devrait permettre d’atteindre un nouveau record de 23Mds$ d’investis dans la tech européenne. En 2013, la somme des investissements n’atteignait que 5,2Mds$.

L’écosystème semble également se structurer autour de startups devenues des ScaleUps.

Avec Business France et les Startups de la French Tech à SLUSH 2018

Lorsqu’en 2015 14Mds$ étaient investis en 2.728 opérations, les 23Mds$ investis en 2018 l’étaient en seulement 2.609 opérations. Le montant moyen d’une levée de fonds est donc passé de 5,1M$ par opération à 8,8M$ par opération.

En 2013, seules 10 opérations de plus de 50M$ avaient eu lieu. Ce chiffre a été multiplié par 7 pour atteindre les 70 opérations en 2018.

À l’échelle européenne, le podium 2018 des pays captant le plus d’investissements est composé du Royaume-Uni en tête (7.168M$ investis), suivi par l’Allemagne (4.036M$). La France se place sur la troisième marche (3.774M$) (pour atteindre peut-être 4M€ d’ici la fin de l’année ?).

Même si la France semble en retard en terme de montants investis, on constate qu’elle rattrape peu à peu le retard qu’elle a sur ses deux concurrents géographiques.

En effet, le Royaume-Uni n’a connu qu’une augmentation de x4,98 de ses investissements entre 2013 et 2018. L’Allemagne n’a vu ses investissements être multipliés que par 4,33 dans le même laps de temps. La France a su se montrer plus dynamique sur ce plan. Ce sont ainsi 3.774M$ qui ont été investis en 2018, contre seulement 619M$ en 2013, soit un coefficient multiplicateur de 6,09.

Un continent émaillé de hubs technologiques reliés entre eux par des flux migratoires

Enfin, la Tech européenne est composée de hubs technologiques répartis sur tout le continent et connectés par des flux migratoires européens et non-européens.

La force de travail de l’écosystème tech, composée en majeure partie de développeurs, s’étoffe d’année en année. En 2017, l’Europe pouvait compter sur 5,5M de développeurs, alors qu’en 2018, ce chiffre a augmenté de 200.000 postes, pour atteindre 5,7M de développeurs.

L’Allemagne et le Royaume-Uni concentrent le plus de développeurs, avec respectivement 851.000 et 830.500 développeurs. La France arrive en troisième position avec près de 500.000 développeurs.

Malgré tout, la force de travail apparaît comme étant bien distribuée sur le continent, l’Europe pouvant compter sur plus de 30 hubs technologiques dans lesquels sont présents au moins 50.000 développeurs.

Ces hubs sont alimentés par des flux migratoires aussi bien intra qu’extra-européens. Sur ce terrain, la France semble devenir plus attractive que ces deux concurrents, le Royaume-Uni et l’Allemagne.

En effet, lorsque 21,5% des migrants hors-UE préféraient s’installer au Royaume-Uni et 13,8% en Allemagne et seulement 9,1% en France en 2017, se sont désormais 11,1% des migrants qui préfèrent choisir la France. L’Allemagne a également su renforcer son attractivité, en passant à 15,2% des migrants. Le Royaume-Uni a perdu quelques travailleurs d’une année sur l’autre, n’accueillant plus que 20,9% des nouveaux arrivants.

Même constat pour les migrants intra-UE. La France n’accueillait que 7% de ces migrants en 2017, contre 8,1% en 2018.

La France se démarque également sur la croissance de sa population travaillant dans le domaine tech. Cette population a ainsi augmenté de 7,3% entre octobre 2017 et octobre 2018. Il s’agit du taux de croissance le plus important d’Europe, loin devant les 4% allemand et les 3,3% anglais.

Le dynamisme du secteur tech en fait le nouveau moteur économique de l’Europe

Le dynamisme démographique du secteur tech en Europe permet à ce dernier de prendre de plus en plus de poids dans l’économie européenne.

En 15 ans, la valeur ajoutée du secteur tech en 2018 représente 194% de sa valeur relative de 2002. La valeur ajoutée du reste de l’économie non-tech ne représentait que 141% de sa valeur relative de 2002 (3,1% de croissance de la valeur ajoutée du secteur tech entre 2015 et 2016, contre 0,6% pour le secteur non-tech).

La croissance de ce secteur d’activité est importante car les autres secteurs sont stagnants. Ils n’enregistrent peu ou pas de croissance de leur valeur ajoutée. La valeur ajoutée du secteur de l’industrie ne représente ainsi que 103% de sa valeur relative de 2007. La valeur ajoutée du secteur des télécommunications se portent encore moins bien, celle de 2016 ne représentant que 85% de sa valeur relative de 2007.

Toutefois, malgré une croissance de sa valeur ajoutée plus importante que celles des autres secteurs de l’économie, l’industrie des logiciels ne contribuait qu’à hauteur de 400M$ à l’économie européenne, soit près de 2,5% du total de la valeur ajoutée du continent.

Le secteur tech n’est donc encore qu’une fraction de l’économie européenne, bien que ce soit une part grandissante (1,9% de la valeur ajoutée européenne en 2007).

Point d’ombre sur le tableau : le secteur tech apparaît comme étant essentiellement masculin

More info here: 93%…What the Fuck is going on with VC Funding?

Mêmes si ces premiers constats sont de bonne augure pour l’économie européenne, le secteur de la tech connaît quelques disparités auxquelles elle doit remédier.

La tech européenne est aujourd’hui un environnement extrêmement masculin. Les avantages de la diversité ne sont plus à présenter et sont reconnus par tous. Près de 87% des hommes et 95% des femmes interrogés sont d’accord pour dire que la diversité est importante pour la performance de la société.

Mais la diversité n’est pas assurée. Il n’y a ainsi que 1% des postes de CTO dans les 175 startups accompagnées par des VC et ayant levé des fonds au cours d’une série A ou B l’année passée qui sont occupés par des femmes. De plus, la population féminine ne représente que 22% des participants des meet-up tech en Europe.

Pire, cette statistique est la conséquence d’une aggravation de la diversité. En 2017, c’était ainsi 2% de ces postes qui étaient occupés par des femmes.

L’accès aux financements est également plus ardu pour des équipes dirigeantes féminines. En 2018, 93% des fonds levés avaient été captés par des équipes dirigeantes exclusivement masculines. L’absence d’amélioration de la diversité dans le milieu tech trouve peut-être ses sources dans les mentalités du secteur.

Tout d’abord, on peut constater que le top 10 des entreprises étant le plus souvent citées dans des articles européens sur le sujet de la diversité sont des entreprises américaines. Aucune de ces entreprises n’est européenne.

De plus, il apparaît que le sujet de la diversité et de l’inclusion est un sujet entraînant un sentiment négatif pour près de 10% des articles publiés sur ces sujets. Ce sont les sujets qui sont les plus susceptibles d’engendrer un sentiment négatif.

Enfin, ce sujet est le moins traité dans la presse européenne. Lorsque 43,6% des sujets d’actualité européenne traitent de la levée de fonds, seuls 10,6% de ces articles traitent le problème de la diversité dans le secteur tech européen.

Une diversité mise à mal et un immobilisme expliqués par les états d’esprit du secteur

Le rapport trouve un embryon d’explication : la perception personnelle du problème occupe une place trop importante dans le débat.

En effet, ce sont près de trois quarts des fondateurs et employés du secteur tech qui considèrent que leur propre entreprise est inclusive. Mais lorsque l’on s’intéresse au genre des sondés, on se rend compte que lorsqu’une majorité d’hommes estiment que le secteur de la tech est inclusif, seul 38% des femmes pensait de même.

La perception du secteur est également trompée par les perceptions individuelles sur le sujet. Ainsi, seulement 16,7% des hommes sondés ont confirmé avoir vécu une discrimination. À l’inverse, 46% des femmes sondées ont répondu avoir été victime d’une discrimination.

Rédigé avec la super participation de Maximilien Prat.

Entrepreneur & Investor — CEO & founder www.eldorado.co— I just want to drink coffee, create stuff & sleep.

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