L’écosystème entrepreneurial français en 2020

Introduction

Confinement, couvre-feu, pivot, télétravail, records de levées de fonds… Cette année marquée par la Covid-19 a été inédite à bien des égards. Comme pour chaque crise, certains acteurs ont été favorisés, d’autres en ont pris un coup.

Grâce aux données collectées via notre annuaire Les Pépites Tech, notre plateforme Eldorado et plusieurs ressources, nous avons rassemblé de nombreuses données pour dresser un bilan de l’écosystème startup en France en 2020. Levée de fonds, soutien de l’Etat, évènements de la tech, tendances technologiques, profils à suivre… on vous dit tout ici 👇🏻

VUE MICRO — 2021. Un écosystème tech en pleine effervescence

1. La résilience de l’investissement dans les pépites françaises

Le détail du financement et l’investissement dans les startups françaises est à retrouver dans notre article bilan annuel ici.

En dépit de l’incertitude sanitaire, économique et financière, l’année 2020 établit un nouveau record d’activité en capital-risque : 5,4 milliards d’euros ont été levés par les startups françaises, tout juste 3% de plus qu’en 2019 (source : Eldorado). Et ce malgré moins de tours de table. Les investisseurs ont préféré accroître leurs investissements dans les startups bien établies et se sont montrés un peu plus frileux avec les startups au stade d’amorçage. Au niveau européen, 37.9 milliards d’euros ont été levés.

Le top 10 est constitué des startups suivantes :

  1. 🛒 Mirakl (255m€) : éditeur de solutions de marketplace. Record historique pour une levée de fonds tricolore

2. 🐛 Ÿnsect (190m€) : spécialiste de l’élevage et de la transformation d’insectes

3. 🌱 EcoVadis (180m€) : plateforme de notation RSE

4. 🔖 Contentsquare (175m€) : éditeur d’un logiciel d’optimisation de l’expérience client en ligne

5. 💼 Sendinblue (140m€) : plateforme de marketing numérique à destination des TPE et PME

6. 🐜 InnovaFeed (140m€) : spécialiste de l’élevage et de la transformation d’insectes

7. 🧰 ManoMano (125m€) : marketplace de bricolage et jardinage

8. 💱 Lydia (112m€) : solution de paiement mobile

9. 📲 Back Market (110m€) : marketplace d’électronique reconditionné

10. 💸 Qonto (104m€) : néobanque à destination des freelances et PME

Top 20 des levées de fonds de 2020 (source : Eldorado)

Le top 3 européen est quant à lui constitué de Klarna (650M$), Northvolt (600M$) et Revolut (580M$). Notre pépite tricolore Mirakl arrive en septième position et est l’unique représentante du top 10 européen.

🦄 Par ailleurs, trois nouvelles licornes (des entreprises privées valorisées à plus d’1 milliard de dollars) ont vu le jour en 2020 : Mirakl (n°1 des levées de fonds), Contentsquare (n°4) et Voodoo (éditeur de jeux vidéos mobiles). Elles rejoignent nos sept précédentes licornes : Blablacar, Dataiku, Kyriba, OVHCloud, Doctolib, Meero, et Ivalua.

Le président Macron avait annoncé en septembre 2019 débloquer une enveloppe de 5 milliards d’euros pour le financement late stage afin d’avoir au moins 25 licornes en 2025. Cette ambition semble tout à fait réalisable. Au mois de septembre dernier, le secrétaire d’état chargé du numérique, Cédric O, avait exprimé son optimisme sur le fait que la France comptera 25 licornes d’ici 2025 et que nous aurons aussi des décacornes (entreprises privées valorisées à plus de 10 milliards de dollars) du fait de l’augmentation constante du nombre et de la taille des levées de fonds.

Nous avions annoncé Mirakl et Ÿnsect, nous comptons désormais sur Algolia, Spendesk, Alan, Shift Technology, Qonto, Payfit, Younited Credit, OpenClassrooms, Swile, Evaneos, Devialet, Bioserenity, ManoMano, Back Market, Talentsoft, Scality, Actility, et Amplitude Technologies, Lydia…pour rejoindre le club.

12 autres licornes ont fait leur apparition en Europe portant le total à 225.

Les secteurs tendances cette année ont été le Software/SaaS 👨‍💻 (1 milliard d’euros levé), l’Ecommerce/Marketplace 🛒(937 millions d’euros), la Medtech 👩‍⚕️ (806 millions d’euros) ; comme l’année passée. L’impact de la crise est visible plus loin dans le classement, avec la forte croissance des réseaux sociaux (+242%), le bien-être/Wellness (+148%), la Foodtech (121%) ou encore le Divertissement/Loisirs (+77%).

Le palmarès des fonds d’investissement français consacre Kima Ventures (Xavier Niel), Idinvest Partners, Founders Future (Marc Ménasé), BNP Paribas Développement (fonds corporate de BNP Paribas), Elaia, Demeter, Irdi Soridec Gestion, Partech et Alven.

Au niveau européen, c’est pas moins de 12.7 milliards d’euros qui ont été levés par les fonds tech VC en 2020 via 135 fonds (contre 139 fonds en 2019), c’est -8% par rapport à l’année précédente.

Selon certaines estimations, le niveau de « Dry Powder » (les réserves de liquidités pouvant être déployées pour saisir une opportunité ou pour faire face à un ralentissement) de l’ensemble de ces fonds tech VC européens représenterait 5.7 milliards d’euros.

Ce montant colossal s’explique en partie du fait des faibles taux d’intérêts, de la sous-performance des hedge funds ainsi que de la baisse des rendements attendus des marchés publics. En parallèle, cet afflux de liquidités signifie aussi plus de concurrence pour les mêmes transactions, ce qui fait grimper les valorisations et diminue les rendements.

Malgré les incertitudes liées à la crise du Covid-19, 12 véhicules d’investissements ont été créés en France en 2020 et ont levé 1,2 milliards d’euros :

L’année 2020 a aussi été marquée par la création d’un nouveau fonds sans actionnaire par Marie Ekeland, baptisé 2050. “2050 est là pour donner de la puissance d’agir à celles et ceux qui contribuent à un monde qui alignent enjeux économiques, sociaux et écologiques”. Ce fonds cherche à lever 100 à 150 M€ par an afin d’investir plus d’un milliard d’euros d’ici à 2030.

Alors que 91% des startups avaient déclaré sentir leur business impacté par la crise à la suite du premier confinement selon une étude de Station F, on distingue toutefois 3 groupes de startups : celles qui ont connu un ralentissement ou une mise en veille, celles qui ont pivoté ou évolué et celles qui ont été “favorisées” par la crise.

Pour le premier groupe de startups, l’étude de Station F a montré que 97% des startups au stade de levées de fonds en Série B avaient été impactées. Cela s’explique par le fait que ce cap est particulièrement compliqué à passer pour les startups. Elles doivent recruter massivement pour gérer la demande croissante de leurs clients, n’ont plus la flexibilité des jeunes pousses et ne sont pas encore complètement rodées comme les startups ayant un stade de maturité plus avancé.

La crise a joué un rôle d’accélérateur pour les sociétés qui éprouvaient déjà des difficultés en amont de la pandémie. C’est notamment le cas de Wistiki qui a annoncé la mise en liquidation judiciaire de sa société à la mi-avril ou encore du moteur de recherches Qwant, qui a dû se séparer d’un quart de ses effectifs, fermer sa filiale Qwant music et son service de paiement.

La crise a aussi impacté des sociétés qui fonctionnaient à plein régime notamment dans les secteurs de la restauration, du transport, des services à la personne et du tourisme. L’agence de voyage en ligne, Evaneos, pépite du Next 40, en a fait les frais et a dû faire des coupes dans ses effectifs.

Toujours selon l’étude de Station F, 25% des startups ont fait évoluer leur stratégie de vente, 16% ont lancé une nouvelle offre et 18% ont fait un pivot pour adresser un nouveau marché.

Parmi elles, nous pouvons citer Blablacar qui a vu son service mis à l’arrêt et qui a proposé Blablahelp, un service gratuit de soutien entre particuliers pour faire des courses. Nous pouvons aussi citer la marque de cosmétique La Rosée qui a réussi à produire 150 000 tubes de gel hydroalcoolique en quelques jours, ou encore les sociétés de service à la personne Lulu dans ma rue et Wecasa, qui se sont respectivement mis à proposer des services de livraison de courses et de médicaments aux plus vulnérables, et au coaching sporting en vidéo. Sans oublier les startups Jobday, Brigad, Tuto’s me, Ballin, Lifen, Tarmac Technologies et bien d’autres qui ont su se réinventer pour perdurer.

Certaines de ces startups avaient déjà prévu cette diversification et ont pris de l’avance sur leur feuille de route, d’autres en revanche ont été contraintes et vont peut-être faire le choix de conserver cette diversification durablement. La startup Germinal par exemple, spécialisée dans le “growth hacking”, a perdu 80% de ses clients en deux jours, s’est mise à proposer des formations en ligne et cela devrait correspondre à 80% de leurs revenus en 2021.

Enfin, nous abordons le troisième et dernier groupe de startups pour qui la pandémie a été synonyme de croissance. Au sein de ce groupe, nous retrouvons Doctolib qui a déployé son outil de téléconsultation, l’éditeur de jeux vidéos Voodoo, la plateforme RH Payfit qui s’est adaptée à l’activité partielle des entreprises, Luko, l’assurance habitation digitale, Biloba qui propose une application de chat médical pédiatrique, Swile et son service de titres-restaurants dématérialisés, Klaxoon qui édite une série d’outils pour faciliter le travail collaboratif, Molotov qui révolutionne la façon dont on accède à la télévision ou encore Back Market, l’expert de la vente d’appareils électroniques reconditionnés.

2. Un écosystème qui continue de se structurer et qui rayonne

La France abrite de très nombreux incubateurs, accélérateurs, pépinières et start-up studio. Selon le guide des incubateurs 2020 réalisé par Estimeo et The Machinery, on dénombre pas moins de 270 structures dans l’Hexagone.

L’année 2020 a vu de nouveaux incubateurs et structures d’accompagnement voir le jour et accompagner leurs premières promotions de startups.

Parmi eux, nous retrouvons ceux-ci :

  • Accélérateur Nice Côte d’Azur lancé par Bpifrance et la Métropole Nice Côte d’Azur
  • 1kubator Strasbourg, cinquième ville où le réseau s’implante
  • What’s up Camille ? pour l’accompagnement des entrepreneurs de plus de 50 ans
  • Accélérateur Boost’Agro, pour accélérer des PME agroalimentaires de Bretagne
  • EnZHyme, incubateur d’entreprises rurales et solidaires en Bretagne
  • Accélérateur Aix-Marseille-Provence lancé par Bpifrance et la Métropole Aix-Marseille-Provence

Bonus :

  • Les associations de soutien aux entrepreneures Sista et StartHer ont fusionné sous la marque Sista
  • Annabelle Bignon et Agnès Alazard ont lancé Maria Schools, le campus pour former les français aux métiers de demain

CES. Plus de 200 start-up françaises étaient présentes au Consumer Electronic Show de Las Vegas du 7 au 10 janvier. 5 d’entres elles ont été récompensées : Meyko, le robot compagnon pour aider les enfants à prendre leur traitement médical, BassMe qui rend immersive l’écoute musicale, Caremitou, une litière connectée pour la santé de son chat, BeFC, la pile écologique à base de papier, de sucre et d’enzyme, et Hap2U qui offre une nouvelle dimension aux écrans tactiles. Le CES 2021 sera quant à lui organisé en format virtuel.

B2B Rocks. L’évènement tech dédié au monde du SaaS & B2B s’est tenu en ligne du 7 au 11 septembre.

France digitale day. La 8ème édition organisée le 15 septembre avait pour thème les “Alternatives”.

Bpifrance Inno Génération. Cette sixième édition, symbole du renouveau de l’économie française, qui s’est tenue le 1er octobre, a accueilli 600 participants dont 70 top speakers, a touché 18 millions de personnes en digital et a permis la réalisation de 400 ateliers et conférences.

Hello Tomorrow Global Summit. Paris a accueilli la sixième édition du rassemblement majeur de l’écosystème Deeptech les 12 et 13 mars derniers. 4 des 14 lauréats du Global Challenge sont des pépites françaises : Greenerwave, Osivax, Pasqal et Teratonics.

Paris fintech forum. Le Davos de la finance digitale et de la fintech a accueilli près de 3000 participants de 75 pays pour sa cinquième édition les 28 et 29 janvier derniers. L’édition 2021 fait peau neuve et aura lieu tout au long de l’année.

Sans oublier le Big Tour, le Salon des Entrepreneurs, l’AI France Summit, le Maddy Keynote, le Paris Blockchain Week et le G20 des jeunes entrepreneurs

Bonus :

Qui veut être mon associé ? Le début de l’année 2020 a été marqué par cette émission TV où les téléspectateurs ont pu découvrir 44 startups pitchant leurs projets devant des investisseurs tels que Marc Simoncini, Frédéric Mazzella, Catherine Barba…Environ 4 millions d’euros ont été investis au cours de la saison.

Noël de la French Tech. Plusieurs centaines de start-up se sont données rendez-vous pour déposer leurs cadeaux au pied du sapin et proposer un noël 100% Made in France. La boutique spécialement créée pour l’occasion restera active tout au long de l’année.

3. Le top 20 des personnalités incontournables de la tech en France en 2020

Cedric O. Le secrétaire d’État chargé de la Transition numérique et des Communications électroniques a été omniprésent en 2020 pour soutenir et faire rayonner l’écosystème.

Marie Eloy. La fondatrice des réseaux d’entrepreneurs Femmes de Bretagne et Bouge ta Boîte, mais aussi présidente du réseau d’entraide national Femme des territoires, a été mentionnée en 2020 au sein du palmarès des “40 femmes Forbes” et a récemment été nommée Chevalier de l’ordre National du Mérite par le Ministère de l’Economie, des Finance et de la Relance.

Xavier Niel (Iliad, Kima Ventures), Marc Simoncini (Meetic, Angell.bike, Daphni) et Jacques-Antoine Granjon (Veepee) ont initié un référendum d’initiative en faveur de la condition animale. Aussi, Xavier Niel était signataire de la convention des entreprises pour le climat et Marc Simoncini était membre du jury de l’initiative French Tech for the Planet.

Moussa Camara. Le président fondateur de l’association Les Déterminés qui accompagne de futurs entrepreneurs issus des quartiers prioritaires a redoublé d’efforts en 2020 pour soutenir les porteurs de projets impactés par la crise.

Tatiana Jama (levia.ai, SISTA), Céline Lazorthes (Leetchi), Jonathan Benhamou (PeopleDoc) et Thomas Clozel (Owkin) ont joué un rôle majeur dans l’initiative #ProtegeTonSoignant. Le mouvement a permis de récolter 7.4 M€ à destination des établissements de santé. Tatiana Jama et Céline Lazorthes ont elles aussi été nommées Chevalier de l’ordre National du Mérite.

Thibault Lanthier (MonDocteur), Isabelle Rabier (Jolimoi, Dermance) et Céline Lazorthes ont créé le Parental Act, un congé deuxième parent d’un mois 100% rémunéré

Julia Bijaoui (Frichti), Julie Chapon (Yuka) et Lucie Basch (Too good to go) font partie de la liste des 100 femmes qui changent le monde selon Challenges. En 2020, Frichti s’est engagé pour soutenir le personnel hospitalier, Yuka a fait trembler les industriels avec sa pétition “Stop aux nitrites ajoutés dans notre alimentation” et Too good to go a passé la barre des 20 millions de paniers alimentaires sauvés.

Delphine Remy-Boutang (the bureau, Journée de la Femme Digitale) a lancé cette année les Margaret Junior, un prix pour les filles du numérique et a continué de s’investir pour accélérer l’égalité professionelle.

Aude Guo est la co-fondatrice d’Innovafeed, une pépite qui crée de nouvelles sources de protéines à base d’insectes et qui a réalisé une levée de fonds de 140 M€ au mois de novembre.

Fleur Pellerin. Le fonds de capital risque Korelya Capital cofondé par l’ancienne ministre de la culture est la première structure à recevoir le label Diversity VC visant à garantir plus de diversité au sein des fonds et dans les startups constituant leurs portefeuilles.

Clara Gaymard et Gonzague de Blignières, co-fondateurs de Raise, le mouvement pour une économie bienveillante qui doit plus que jamais être au cœur de nos préoccupations.

Jean-Charles Samuelian-Werve. Le co-fondateur de l’assurance santé Alan a publié son livre “Healthy Business” sur la culture d’entreprise où il explique comment mélanger bien-être et croissance en prenant davantage de risque, en supprimant les managers et en supprimant les réunions en entreprise. En 2020, Alan a levé 50 M€, s’est engagé pour les soignants et a mis au point un outil dans leur app pour répondre aux questions des français relatives à la COVID-19.

Frédéric Mazzella. Le fondateur de BlaBlaCar a lancé BlaBlaHelp, un service gratuit permettant aux personnes ne pouvant pas sortir de chez elles de trouver des personnes pouvant faire leurs courses. Aussi, l’organisation France Digitale dont il est le co-président a proposé des kits tout au long de l’année pour aider les startups à traverser la crise.

4. L’activité de M&A

Le détail des exits des les startups françaises est à retrouver dans notre article bilan annuel ici.

Quelques opérations notables ont eu lieu en 2020 :

  1. 💳 Ingenico Group acquis par Wordline (8,6mds$) : solutions de paiement intégrées
  2. 🧘 Inicea acquis par Korian (360m€) : opérateur psychiatrique privé
  3. 🍴 Acrelec acquis par Glory (223m€) : constructeur de bornes de commande libre-service pour établissements de restauration
  4. 🤑 IGraal acquis par Global Savings Group (124m€) : solution cashback
  5. 🏛️ Shine acquis par Société Générale (100m€) : néobanque pour professionnels
  6. Microwave Vision acquis par HLD (90m€) : visualisation des ondes électromagnétiques
  7. 🌱 Bio c’ Bon acquis par Carrefour (60m€) : supermarché bio
  8. 🧃 Can Packaging acquis par Sonoco (41,7m€) : fabricant d’emballages en carton
  9. 🔥 Djeep acquis par Groupe Bic (40m€) : fabricant de briquets

🥩 Grill Courtepaille acquis par Buffalo Grill (17m€) : chaîne de restauration spécialisée dans les grillades

Le top 10 des opérations de M&A en France en 2020 (source : Eldorado)

VUE MACRO — 2021. Un environnement des plus challengeants pour les entrepreneurs

1. Un momentum certain pour la création d’entreprises et d’emplois

Les années se suivent et se ressemblent pour la création d’entreprises en France. Après une progression de 17% du nombre d’entreprises créées en 2018 et de 18% en 2019, tout porte à croire que la croissance sera à nouveau à deux chiffres pour 2020. Il y a certes eu d’importants ralentissements observés lors des confinements mais les recrutements ont continué à distance. France digitale a d’ailleurs lancé les mouvements “confiné mais recruté” à l’occasion des deux confinements. De manière globale, la création d’emplois suit la tendance des levées de fonds. Plus nous avons de fonds levés, plus grand est le nombre d’emplois créés au sein de l’écosystème.

En témoigne l’activité sur Les Pépites Tech, qui compte plus de 8500 startups de l’écosystème référencées depuis 2015 : l’année 2020 a vu 1434 nouvelles startups ajoutées à l’annuaire officiel de la French Tech.

Ces nouvelles startups sont en majorité issues des localisations mentionnées sur le visuel ci-dessous 👇

Parmi ces nouvelles pépites, celles ayant eu le plus de votes de leur communauté cette année sont :

  1. Fleet, la nouvelle façon de gérer son parc informatique récolte 462 votes
  2. FGuBox le compteur d’abonnés en direct pour réseaux sociaux récolte 454 votes
  3. Riskee, la première assurance 100% en ligne pour les indépendants récolte 449 votes
  4. VISION Automobile Paris, la maison de haute couture automobile récolte 396 votes
  5. Teamii, le nouveau partenaire RH pour améliorer la satisfaction et l’engagement de ses collaborateurs récolte 337 votes
  6. Nono, le premier service de location de batteries portables pour smartphones récolte 297 votes
  7. Delekt., le service de livraison de repas 100% fait-maison préparés par les chefs de votre quartier récolte 252 votes
  8. QuickMS, la solution SaaS qui révolutionne le monde du pilotage RH récolte 242 votes
  9. Monitorize, la solution SaaS de veille concurrentielle automatisée pour les e-commerçants et les marques récolte 236 votes
  10. Rentli, le service clé en main de location de meubles pour simplifier votre emménagement récolte 233 votes

Ces 10 pépites ont récolté 3398 votes au total. C’est 112% de plus que l’année précédente et une nouvelle preuve du dynamisme de l’écosystème startup français.

Ci-dessous le top 16 des startups créées après 2014 employant le plus de collaborateurs à la fin 2020 :

  1. Meero (1 062 employés, 269m€ levés)
  2. PayFit (469, 89,5€)
  3. Papernest (434, 10m€)
  4. Shine (360, 10,8m€)
  5. Qonto (309, 136m€)
  6. Blade (307, 95,2m€)
  7. Alan (292, 125m€)
  8. Frichti (279, 50,2m€)
  9. Klaxoon (260, 48m€)
  10. Comet (250, 13m€)
  11. Spendesk (243, 61,3m€)
  12. Swile (204, 114m€)
  13. Brut. (224, 46,4m€)
  14. Qare (209, 28m€)
  15. Exotec (163, 100m€)
  16. Singulart (160, 12,6m€)

2. Les institutions publiques au renfort

L’année 2020 aura été synonyme de pandémie pour le monde entier. Des entreprises, des populations et des pays entiers se sont tour à tour mis à l’arrêt, pour se confiner, tout en laissant une économie également à l’arrêt, pour préserver la santé de chacun. L’économie mondiale s’est en effet contractée de près de 5% en 2020 et si l’on devait comparer ce choc à des évènements du siècle dernier, il n’y a que deux cas d’aussi grande envergure : les conséquences de la crise financière de 1929, et le réveil de 1945 après la capitulation du Japon et de l’Allemagne mettant fin à la seconde guerre mondiale.

Pour l’économie et plus précisément, ici, pour le monde des startups, l’Etat Français a su sauver, jusqu’à maintenant, le navire d’un naufrage certain, comme en témoigne le rapport State of European Tech du fond européen Atomico. Grâce à des aides publiques qui s’inscrivent dans une politique de soutien de l’investissement à long terme, la France est le seul pays du trio de tête formé avec l’Allemagne et le Royaume-Uni à avoir vu ses investissements progresser en 2020, pour avoisiner les 5,5 milliards d’euros comme le montre la figure suivante.

La résilience de l’écosystème français des startups a été permise par la mobilisation des investisseurs, mais, il faut saluer ce qui aurait été impossible sans Bpifrance qui a su se montrer à la hauteur des enjeux en mobilisant 5 milliards d’euros, soit 2 fois plus que l’Allemagne et même 4 quatre fois plus que le Royaume-Uni. Qu’il s’agisse de prêts, de garanties, de report de charge, d’une accélération fulgurante des versements de Crédit Impôt Recherche (quelques jours au lieu de plusieurs semaines) et bien-sûr d’un plan de relance doté de 100 milliards d’euros, les institutions publiques ont su se montrer en rendez-vous dans cette période profondément déstabilisante.

Et cela se ressent sur le terrain puisque 83% des dirigeants de PME-ETI interrogés par une étude de BPI voient en la crise l’opportunité d’accélérer le développement de l’innovation, ce qui a notamment amené Anne Guérin, la directrice exécutive de Bpifrance, à saluer la combativité des dirigeants. Gagnant-gagnant donc !

A l’issue du premier confinement, la Banque Européenne d’Investissement (BEI) a proposé la création d’un fonds de garanties paneuropéen, lequel est garanti par les 27 Etats membres de l’UE à hauteur de 25 milliards d’euros et afin de déployer 200 milliards d’euros pour faire face à la crise du coronavirus en assurant les liquidités et l’investissement des PME de l’Union. Disperser les risques à l’échelle de l’Europe semble être une bonne initiative, qui, de surcroît, vient renforcer les dispositifs nationaux pour lutter contre la pandémie.

En matière de financement au démarrage de projets innovants, l’Union Européenne s’est souvent trouvée face une frilosité des investisseurs qui se traduit par une insuffisance de fonds sur le marché du capital-risque. Prenant le contre pied de ce constat, la commission Européenne a annoncée le 6 janvier 2021, une liste de 42 startups qui allaient bénéficier d’un investissement direct en capital via le le fonds EIC (Accélérateur du Conseil Européen de l’Innovation, fond lancé en 2019) où on retrouve notamment deux français, l’entreprise XSun (drones à énergie solaire) et CorWave (pompes cardiaques), dont le dernier ne reçoit pas moins de 15 millions d’euros en fonds propres. Espérons que ce geste de l’Union Européenne amène les fonds privés à suivre le mouvement pour mieux accompagner la croissance des licornes de demain.

En décembre 2020, l’Europe s’est dotée d’un plan de relance de 750 milliards d’euro dont 390 milliards d’euros dédiés aux subventions. Nous nous devons de saluer cette solidarité européenne face à la situation historique que nous traversons.

En transition avec ce contexte international, passons par un récapitulatif succinct des aides à l’export. Si vous aller à l’export, voici les aides auxquelles s’intéresser :

  • Le prêt du Trésor de la direction générale du Trésor pour 10 à 70 M€ ;
  • Le fonds d’études et d’aide au secteur privé ou FASEP Etudes de la direction générale du Trésor pour 100 à 800 K€ ;
  • Le FASEP Innovation Verte également pour 100 à 800 K€ ;
  • Le Prêt Croissance International de Bpifrance pour 30 K€ à 5 M€ ;
  • L’Assurance Prospection à l’International pour se couvrir en cas de perte liée à un échec commercial ;
  • Les Prêts et outils proparco de l’Agence Française du Développement et proparco pour les sociétés qui créent des emplois décents et qui luttent contre le changement climatique.

3. L’internationalisation des entreprises à l’épreuve

Un communiqué de presse de décembre 2020 du gouvernement a prolongé et renforcé les mesures de soutien aux entreprises françaises qui exportent. En effet, pour sécuriser les finances des PME et ETI qui souhaitent vendre à l’export, les modalités de l’assurance prospection ont été modifiées et s’inscrivent dans le Plan de Relance, ainsi, l’avance de l’assurance prospection passe de 50% à 70% et la durée de prospection est rallongée d’un an. De plus, le rehaussement des quotités garanties à 90 % pour les garanties des cautions et préfinancements, sera maintenu jusqu’à la fin de l’année 2021.

De plus, plusieurs mesures ont été adoptées afin de renforcer les moyens des entreprises françaises à l’export :

  • Le renforcement des moyens de l’assurance-prospection avec un objectif de 6 000 entreprises accompagnées ;
  • Le “Chèque Relance Export” qui prend en charge 50% des frais de participation à un salon international. L’objectif du dispositif, lancé le 01/10/2020 est de soutenir 15 000 entreprises ;
  • Le “Chèque VIE” qui vise à soutenir 3 000 VIE aidés à hauteur de 5000€ à partir du 01/01/2021 ;
  • Le doublement de l’enveloppe du FASEP qui atteint un plafond de 50 M€.

Franck Riester, ministre délégué au commerce extérieur, affirme dans un entretien à LaTribune que l’Europe a été trop naïve et que “la France doit renforcer ses outils contre les pratiques extraterritoriales de nos partenaires, y compris les États-Unis, lorsqu’elles lèsent nos intérêts”. Nous voilà donc au parfum, et dans la reprise économique qui suivra la pandémie, Team Relance et Team France Export espèrent bien être au rendez-vous pour faire profiter les entreprises nationales de la reprise économique dans le monde.

Save the date ! Bercy France Export 2021 aura lieu le 02 Février 2021. Il s’agit du rendez-vous annuel sur les enjeux de l’export organisé par le Ministère de l’Economie, des Finances et de la Relance. Plus d’informations ici.

De l’internationalisation à la relocalisation, c’est une histoire de tendance mais surtout de constat et de choix. Si certains secteurs s’exportent, d’autres en effet, sont appelés à revenir et c’est notamment la promesse de l’industrie 4.0 dont on espère qu’elle aidera à faire revenir les lignes de production tout en accélérant la transformation numérique de l’industrie française. La crise sanitaire a fait émerger un constat sidérant selon lequel nous avons été et sommes encore dépendant de l’étranger, de la Chine en particulier, sur la production aussi élémentaire de masques chirurgicaux. Le cas est anecdotique mais combien significatif pour des pans entiers de notre industrie. Le plan “France Relance” vise à bâtir la France de 2030. Au total 31 projets de relocalisation industrielle sont soutenus dans le cadre de France Relance pour un montant total de 680 M€. Par exemple, ErgoSanté qui fabrique des sièges de bureaux et des exosquelettes, a reçue une subvention de 800 000€ pour internaliser et relocaliser sa production dans le Gard, ou encore le groupe Lesaffre investit 300 M€ sur son site de production près de Valenciennes pour fabriquer des molécules qui soulagent l’arthrose. La cartographie des projets soutenus dans le cadre de France Relance, est visible ci-dessous.

Après les doutes sur l’aubaine que pouvaient représenter les délocalisations entreprises dans le passé, une lueur d’espoir semble accompagner la prochaine reprise économique quant à la relocalisation de certaines productions.

Décidément, la reprise recèle en elle, ce qu’il y a d’opportunité pour faire différemment et espérons-le, plus vertueux pour l’économie et l’environnement.

4. Le renouveau pour 2021 ?

Chaque année de nombreux organismes publient les tendances technologiques. Parmi les plus attendus, il y a le rapport Gartner sur les technologies disruptives. Gartner publie sa “hype cycle” des technologies émergentes tout en dégageant les grosses tendances. Selon Gartner, l’année 2021 est ainsi attendue sur 9 tendances technologiques :

  • L’internet des comportements (IoB ou Internet of Behaviors) ;
  • L’”expérience totale” pour survivre à l’expérience utilisateur;
  • La vie privée numérique ;
  • Le cloud distribué ;
  • La flexibilité des entreprises et le travail à distance ;
  • Le maillage de la cybersécurité ;
  • Le business intelligent et « composable » ;
  • L’ingénierie de l’intelligence artificielle ;
  • L’hyper-automatisation.
Plus d’informations et téléchargement de la publication de Gartner ici.

Également attendu, le rapport GP Bullhound Research sur les technologies émergentes en 2021, identifie 10 prédictions qui sont détaillées dans ce document.

Nous pouvons corroborer ces prévisions avec les secteurs ayant levé le plus de fonds en France en 2020. Comme le montre la figure suivante d’Eldorado, les éditeurs de logiciels, les plateformes e-commerce et le secteur de la santé ont été les plus consommateurs de financements.

Toujours dans les tendances, les initiatives Tech for the Planet et Tech for Good veulent faire émerger des champions pour la transition vers un monde durable, responsable, et souhaitable.

A l’heure où nous écrivons, la célèbre cryptomonnaie bitcoin a atteint un nouveau record en dépassant le cap des 40 000 dollars. Très volatile, le bitcoin a néanmoins progressé de 300% en 2020. L’année aura également marqué l’intérêt de Paypal pour le secteur de la cryptomonnaie malgré les sentiments contrariés que ces monnaies numériques peuvent susciter. Par ailleurs, la Banque Centrale Européenne se prépare au lancement d’un euro numérique. Entre angoisse et euphorie, les monnaies numériques n’ont pas fini de faire parler d’elles !

Contrairement à ce que l’on aurait pu penser, cette année a été positive pour l’Open innovation. Moins d’une entreprise sur cinq déclare que la crise a été un frein pour leurs démarches. Pour 40% d’entres elles, la crise aurait même été un accélérateur (source : Étude Maddyness ReInvent)

Bpifrance, Hello Tomorrow et France Industrie ont publié une étude concernant le secteur de la deeptech dans laquelle ils appellent plus largement à une collaboration des grands groupes avec les startups pour construire une filière industrielle qui est l’enjeux d’une croissance importante autant que d’une souveraineté économique et technologique nationale. Les 3 secteurs identifiés sont la santé digitale, l’agriculture et la décarbonation de l’industrie. L’étude publiée en décembre 2020 est disponible en cliquant ici.

  • OuiGo et la startup Moment changent l’expérience voyageur sur le Paris-Lyon avec des films, séries, podcasts ;
  • La Redoute et Cocolis transportent vos colis ;
  • Le laboratoire Bayer et Gencovery s’associent pour faire avancer la recherche en biologie fongique ;
  • La fondation SFR et WeTechCare lancent une plateforme de bénévolat nommé “Le Déclic” ;
  • Carrefour et Mirakl permettent aux petits commerçants de l’alimentation d’accéder à la marketplace du distributeur pendant le confinement.

Paradoxalement à la crise et aux coups d’arrêts qu’a subit l’économie en 2020, les défaillances d’entreprises sont en chute depuis le début de la pandémie. En effet, le taux de défaillance a diminué de 29% pour le PME en novembre 2020 par rapport à novembre 2019. Un rapport de France Stratégie, explique que si les défaillances ont pu diminuer grâce aux aides de l’Etat dans le contexte particulier du Covid, une forte augmentation est à anticiper en 2021 pour 3 raisons :

  • le rattrapage des défaillances qui n’ont pas eu lieu en 2020 ;
  • le baisse de l’activité économique suite à la pandémie ;
  • l’accumulation de dettes.

Prêt Garanti par l’Etat (PGE), un bombe à retardement

Un dispositif exceptionnel a été mis en œuvre dans le cadre de la pandémie, afin de fournir des prêts aux entreprises, lesquels sont garantis par l’État à hauteur de 70 à 90%. 55 000 entreprises ont demandé un PGE. Le principe est que si l’emprunteur ne peut plus rembourser, l’Etat en assure la responsabilité. Néanmoins, nous pouvons nous poser la question de savoir si le PGE est une réelle solution pour les entreprises ou s’il s’agit ni plus ni moins d’une bombe à retardement. En effet, une crise financière et ses défaillances d’entreprises pourrait s’enclencher après la crise sanitaire. Si ce douloureux scénario doit arriver, ce début d’année 2021 nous donnera ses premiers éléments de réponse.

Pour finir, et sur une note plus optimiste, toute les crises ont fait naître de nouvelles aspirations et des nouveaux champions. Bien que certains secteurs ont littéralement plongés, certains au contraire ont su émerger pour répondre à des besoins de plus en plus pressant dans la mobilité, la santé, l’environnement, la finance verte etc et ainsi tenter d’offrir un monde, attelons nous-y, plus souhaitable, dans une économie juste et décarbonée.

Conclusion

L’année 2020 fut un véritable test pour la French Tech. Malgré les deux confinements, les nouveaux modes de travail et l’absence de visibilité, l’écosystème a tenu bon et a même signé quelques records prometteurs pour les années à venir. Cette résilience est le fruit de l’agilité des porteurs de projets mais aussi et surtout du collectivisme. Tous ensemble, nous devons continuer d’innover pour construire un écosystème bienveillant, juste et performant.

Avec la participation de Thibault Fournelle, Jonathan Delrue, Anna Richard et Caroline Moulinier

Bibliographie

Bilan annuel du financement 2020 Eldorado

The State of European Tech Atomico

2020: The year in data Sifted

Covid-19, Quelles réponses de l’Europe à la crise ? DG Trésor

Emmanuel Macron mise à nouveau sur la French Tech Les Echos

Bitcoin, Cryptocurrency, And Blockchain Predictions For 2021 Forbes

2020, Une année pivot pour les entreprises Maddyness

La collaboration entre grands groupes et startups deeptech dans la santé digitale, l’agriculture et la décarbonation Bpifrance

Impact and Opportunities of Covid-19 startups Station F

Entrepreneur & Investor — CEO & founder www.eldorado.co— I just want to drink coffee, create stuff & sleep.

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